La mode des freins de langue est-elle une arme de destruction massive de la science?

Capture d’écran prise du le site du podcast cité en fin d’article. (la citation dit : « Tirer parti de sa pratique dentaire pour faire passer l’évangile aux groupes de personnes pas encore atteintes/converties »)

Les freins de langue sont une anomalie qui a des retentissements fonctionnels sur l’allaitement et l’alimentation. C’est un petit défaut de développement des tissus, dont une membrane plus ou moins épaisse, reste attachée au plancher buccal et qui empêche certains mouvements de la langue. Cela peut exister sans qu’il y ait le moindre retentissement fonctionnel et parfois cela génère chez la mère des douleurs au mamelon et chez l’enfant un moindre transfert de lait. Ces freins sont décrits depuis l’antiquité et il y a déjà eu une mode des frenectomies au XVIIIème en lien avec un certain essor de la chirurgie. Au XIXème sa prévalence est déjà discutée et les médecins critiquent les sage-femmes qui, selon eux, les surdiagnostiquent. L’avènement du biberon et une amélioration des pratiques médicales font oublier les freins, qui sont redevenus une préoccupation quand les taux d’allaitement ont recommencé à augmenter fin XXème.

Les freins en question sont appelé freins antérieurs ou ankyloglossie, ils sont rattachés à un certain nombre de symptômes visibles, évaluables, il y a un consensus scientifique plutôt solide sur leur prise en charge, ils sont coupés quand ils ont des retentissements fonctionnels et sont laissés quand tout se passe bien. Cela n’était pas suffisant pour expliquer certains problèmes d’allaitement ou de comportements du nourrisson, aussi, en 2004 a été introduit (inventé) le terme de freins postérieur, c’est ce concept qui ne fait pas consensus aujourd’hui.

Les études de qualité sont manquantes sur le sujet, il est aujourd’hui impossible d’avoir la moindre certitude, les partisans des freins citent toujours les mêmes ORL qui font leur propres études dans leurs propres cabinets avec leurs propres patients, souvent sans groupe témoin, études pleines de biais qui viennent confirmer leurs pratiques mais n’apportent rien à la connaissance générale des freins.

Les autres sont sceptiques, regardent les augmentations de prévalence avec soupçons, constatent que dans certains pays, il y a très peu de diagnostics de frein pour des taux d’allaitement honorables, dans d’autres, la croissance de la prévalence est quasi exponentielle.

Ce qui m’intéresse depuis une grosse dizaine d’année, c’est le lien entre les freins et les fakemeds (fausse médecine). En effet, les prises en charge des freins de langue sont des portes ouvertes à toutes sortes de théories et de croyances, les professionnels formés au freins ont en général une culture scientifique faible voire inexistante même si ils adorent citer des études comme dans les congrès de médecine! Paradoxalement, on trouve derrière ces discours, des théories qui cassent la science, des plaidoyers pour les thérapies manuelles fondées sur des croyances, des faux syndromes comme le syndrome de kiss, des discours réactionnaires, religieux, une critique de l’évolution au sens darwinien, une prétendue involution humaine, des élans creationnistes, la promotion de l’intelligent design, etc..

Tout cela est argumenté à base de sophismes, l’appel à la nature, le seul contre tous, un relativisme permanent, la charge de la preuve, appel à l’autorité, appel à la popularité, confusion corrélation-causalité, généralisation abusive, appel à la peur, etc… et un mépris total pour les consensus scientifiques.

Il existe des formations aux freins de très faible qualité, avec des répertoire pour les familles contenant tous les professionnels qui ont brillamment réussi ces formations. En général, je dis à mes patients de se servir de ces listing pour éviter ces professionnels, qui possiblement iront dans le seul sens d’une prise en charge des freins. Les équipes françaises qui se sont organisées autour de ce business le font en toute bonne foi, n’ayant aucune idée de ces enjeux plus larges. Aujourd’hui, il est de bon ton de proposer des prises en charge « pluridisciplinaires » lesquelles vont multiplier les rendez-vous pour les familles et noyer la responsabilité des décisions et des actions dans le groupe. (Il est plus facile d’accepter qu’une prise en charge n’est pas efficace quand on peut s’en remettre au groupe, plutôt que de se dire qu’on a pas soi même apporté suffisamment d’aide a une famille). Il y a également un effet contextuel (de type placebo) beaucoup plus efficace quand la prise en charge est multiple. Cela pose évidemment des problèmes d’évaluation, comment savoir si cet enfant a été amélioré par telle ou telle prise en charge et comment être certain qu’il n’a pas guéri tout seul finalement?

Pour illustrer mon propos, voici un podcast de celui qui est le plus cité par les « pro freins », un ORL americain, BAXTER qui a écrit un livre auto publié sur Amazon, livre de très mauvaise qualité scientifique, dont les citations religieuses sont omniprésentes (il raconte que c’est dieu qui lui a montré les freins, il prie avec ses patients avant de leur faire une frenotomie au laser!) et qui sans surprise, nous vient de la Bible Belt. J’ai malheureusement déjà vu ce livre en vente dans des congrès d’allaitement…

Dans le podcast, on entrevoit assez clairement ce qui l’anime et « sa mission ». On y trouve tous les éléments de l’idéologie créationniste. Le problème est qu’il est dans une dynamique de croisade, avec des actions dans les pays plus pauvres, il se sert de son activité et de son aura de dentiste pour diffuser ses croyances religieuses. (Il fait bien entendu la même chose avec nous, les français! ) Il cite également dans d’autres interventions publiques pléthore d’autres auteurs tout aussi problématiques que lui.

En conclusion, je ne pourrais pas affirmer aujourd’hui que les freins postérieurs n’existent pas, peut être qu’il existe quelque chose que nous pourrions considérer mais une chose est certaine, il faut que les professionnels de santé français soient prudents avec les publications qui leur viennent des US, gardent un esprit critique, un scepticisme et évaluent méthodiquement la qualité des études et leurs possibles retentissements dans leur pratique quotidienne. Les allusions religieuses dans un livre médical sont un red flag important qu’il ne faut pas banaliser.

N’hésitez pas à me demander des sources et d’autres éléments en commentaire, cela fait 10 ans que je remplis mon ordinateur de toute sortes de documents sur cette question passionnante des freins!

Le podcast est ici, attention, il pique les oreilles! https://www.finishlinepledge.com/episode23

Pour protéger les mères d’une éventuelle culpabilité de ne pas allaiter, certains s’attaquent aux associations et aux professionnels de l’allaitement.

Un exemple de story d’un collectif sur Instagram, à la suite d’une ribambelle de témoignages dénigrant les association et les professionnels. NB: par ailleurs: ce collectif a fait d’autres publications sur d’autres sujets plutôt intéressantes!

On connaît tous les féministes « à la française »,  leur guerre contre l’allaitement et contre les mères qui allaitent, hostilité nourrie par une incompréhension à la fois des besoins des bébés, des femmes, de l’époque, de la société mais surtout une connaissance lacunaire de l’allaitement maternel voire une méconnaissance totale.

Ces femmes, boomeuses, bourgeoises, sont de moins en moins écoutées par les générations suivantes, lesquelles multiplient leurs sources d’inspirations et se documentent dans un monde beaucoup plus large que la petite couronne parisienne. Ces discours ne représentent plus réellement une menace pour les femmes même s’ils les ridiculisent, ce qui semble un paradoxe quand on se prétend féministe.

Mais voici un article pour éclairer un phénomène nouveau que j’observe depuis quelques années : les collectifs qui revendiquent une parole nuancée, féministe, non dogmatique, mais qui pratiquent le même bashing obsessionnel sur les réseaux sociaux contre les associations d’allaitement et certains professionnels de la lactation. 

Une inquiétude légitime sur le vécu des mères en post-partum amène certains professionnels de santé à minimiser l’impact du non-allaitement. Sous couvert d’études scientifiques (avec lesquelles on pourrait aujourd’hui prouver absolument tout et n’importe quoi), sous la sécurité apparente d’une posture nuancée, et pour protéger les mères d’une culpabilité de n’avoir pas réussi leurs projets, il faudrait tout relativiser.

Ils s’attaquent systématiquement aux associations d’allaitement (avec la Leche League en ligne de mire) et parfois aux consultantes en lactation ou aux professionnels hospitaliers, parce qu’ils estiment que ces personnes imposent leurs dogmes. Dans une très grande majorité, ce sont majoritairement des femmes qui sont attaquées, moquées, dénigrées.  Il est possible que certaines associations soient perçues comme trop militantes par certaines mères (je lutte moi-même quotidiennement avec certaines de mes collègues pour faire cesser cette idéalisation de l’allaitement sur les réseaux sociaux), mais les mères bénévoles ne vont que dans le sens de leurs expériences réussies d’allaitement et les professionnels de santé ne devraient aller que dans le sens des données scientifiques. Une mère qui les consulte sait à l’avance qu’elle n’aura dans ces rencontres-là, pas autre chose qu’un discours « pro allaitement ». Cependant, il sera le plus souvent nuancé et adapté à la situation de la mère. 

Parfois, des mères vont persévérer dans leur allaitement pour se rendre compte qu’elles avancent sur le mauvais chemin. Cela va les aider à prendre leur décision de sevrer. Certaines mères vont se heurter à leurs propres contradictions, certaines vont recevoir de mauvais conseils (parce que oui, les professionnels peuvent être nuls, et en lactation c’est fréquent (unpopular opinion level expert :-)), certaines mères vont ensuite réécrire l’histoire et témoigner dans ce sens (c’est une protection psychique parfois nécessaire qu’il convient de ne pas confronter avec la réalité), beaucoup ne vont entendre que ce qu’elles ont envie d’entendre, beaucoup de parents ont besoin de faire des erreurs pour progresser et c’est plus ou moins digéré par la suite. Le parcours extrêmement chaotique du post-partum et de la parentalité est le problème, le problème ne vient pas de la parole de bénévoles ou d’experts. 

Le soutien aux mères qui allaitent ou qui n’allaitent pas devrait être inconditionnel, c’est-à-dire que des mères qui ne font pas le meilleur choix pour leur bébé doivent être soutenues tout autant que celles qui traversent mille épreuves pour faire un choix meilleur. Le problème vient du fait qu’on n’accepte plus que les parents fassent de mauvais choix. 

Mais en nutrition comme dans toutes les questions de parentalité, un « mauvais choix » peut s’avérer salvateur. C’est une balance que seuls les parents peuvent évaluer au fond d’eux-mêmes. En voici un exemple personnel : je suis une piètre conductrice et une excellente diététicienne (en toute modestie 🙂 ), mais sur l’autoroute, si je suis seule avec mes 4 enfants, ils vont pouvoir manger toutes les glaces, tous les bonbons et tous les Pringles du monde, je m’en fiche, mon objectif est que nous arrivions à destination vivants et qu’ils se taisent, voire qu’ils s’endorment dans leurs miettes de chips. Je fais un très mauvais choix nutritionnel, mais un très bon choix de mère. 

Une mère peut arrêter son allaitement qui la stresse et donner un lait bio 1er âge, c’est un mauvais choix nutritionnel, mais c’est un excellent choix de mère.

Des parents peuvent décider de dormir avec leur bébé parce qu’ils n’en peuvent plus de se lever la nuit, c’est un mauvais choix par rapport aux recommandations de santé publique, mais c’est un excellent choix de parent.

Des parents peuvent décider de ne pas vacciner leurs enfants parce qu’ils sont mal informés et évoluent dans un environnement de charlatans, c’est un très mauvais choix médical, mais ce sont aussi de bons parents qui font ce qu’ils croient être le meilleur pour leurs enfants. 

Cela nous amène à la question de l’environnement, est-ce qu’une mère suédoise va subir une pression de la leche League ou des consultantes en lactation pour allaiter 6 mois exclusivement avec succès ? Se voit-elle imposer des dogmes ? Non, elle bénéficie d’un environnement favorable, d’informations médicales de qualité, d’un congé maternité long et bien rémunéré, d’une protection contre le marketing agressif des industriels via le Code OMS transposé en lois, de toute une société bienveillante, ainsi que de professionnels mieux formés, parce que plus régulièrement exposés à des allaitements longs et efficaces.

Travailler sur l’environnement des familles, travailler sur la formation des professionnels de l’allaitement, lutter contre le militantisme et l’angélisme, améliorer l’accompagnement des bénévoles, lutter contre les charlatans qui prolifèrent dans le monde de la périnatalité comme nulle part ailleurs, et surtout, pour que chaque personne au contact des familles fasse un travail sur soi, sur son vécu en tant que parent, sur ses propres représentations, voilà ce qui me semble important.

Et bien sûr, cessons de monter les femmes les unes contre les autres.

La moitié de mon chiffre d’affaire de consultante en lactation découle d’une recommandation particulièrement tenace : la tétée toutes les 3h…

En France, nous sommes les spécialistes de la standardisation, on aime les chiffres, les protocoles, on aime donner des conseils, on aime être « ceux qui savent », il faut que les bébés suivent tous les même rythme, il faut que les enfants mangent tous la même chose, c’est récurrent en nutrition mais c’est encore plus sensible lorsqu’il est question de l’allaitement maternel. La culture de la séparation et de la course à l’autonomie s’installe dès la naissance.

Parmi les conseils qui flinguent avec grande efficacité les démarrages d’allaitement, il y a les tétées toutes les 3h, ou bien « à la demande » ou bien 8 à 12 tétées par 24h. Ces chiffres sont des moyennes qui ressortent des études, mais ils n’ont aucun intérêt en pratique.

Donnez ces repères à des nouveaux parents qui ont un projet d’allaitement, et 3 semaines après, ils seront au cabinet avec une lactation faiblarde voire effondrée.

Les bébés sont nourris en continu par le placenta pendant la grossesse puis du jour au lendemain, ils devraient attendre 3h ou bien être allaités « à la demande » (c’est à dire quand ils pleurent et ont déjà beaucoup trop faim), les parents constatent en parallèle un « besoin de succion » intense et leur donnent des tétines ou le petit doigt. En général ce rythme va de pair avec un bébé qui passe une grande partie de son temps dans son berceau ou dans un transat, car aucun bébé en peau a peau continu n’espacerait à ce point les tétées. On s’attend à ce que le bébé tète efficacement dès la maternité, mais avez-vous déjà réussi un apprentissage en vous entrainant 15 min toutes les 3h tout en étant affamé ? Moi non.

Les bébés allaités n’ont en général pas besoin d’une succion supplémentaire, mais tous les bébés ont besoin d’un contact quasi permanent avec leurs parents et principalement avec leur mère, cela fait plus de 40 ans que l’on sait cela… alors pourquoi continuer à diffuser ces chiffres?

Il y a plein de raisons, en partie parce qu’on ne prévient pas suffisamment les parents qu’un bébé est un être immature qui va nécessiter des soins en continu, aussi parce que nous mettons la pression aux mères pour qu’elles soient bien coiffées dans un intérieur bien rangé (ou modérément en bazar ), parce qu’elles doivent aussi « bien se nourrir », « prendre soin d’elles » et surtout ne pas dormir avec leur bébé, aussi parce qu’on ne fait pas confiance aux mères, parce que le peau a peau en continu en maternité nécessite une surveillance et que finalement laisser un bébé dans son berceau et lui proposer une tétée de temps en temps, c’est plus facile à gérer. J’ai accouché de mon 4eme bébé à Hamburg en Allemagne dans une maternité tout à fait ordinaire, (IHAB bien sûr, mais il n’y a pas de maternités qui ne soient pas IHAB dans cette région), on ne m’a donné de berceau qu’au bout de 30h, avant cela les sage-femmes considèrent que le bébé n’a nulle part où être ailleurs que sur le corps de sa mère, la confiance envers les mères est totale, bien que la surveillance soit très rapprochée.

Lors de la préparation de l’allaitement, je dis aux parents que les tétées seront très infiniment plus fréquentes, plusieurs fois par heure si besoin, et quand ils réussissent à obtenir cette proximité, ils comprennent mieux leur bébé, anticipent mieux ses besoins, l’allaitement démarre avec grande efficacité et surtout se poursuit aussi longtemps qu’ils le désirent. Si cela ne fonctionne pas malgré un accès fréquent au sein, il est conseillé de consulter.

Avec le temps, rassurez-vous les bébés espaceront les tétées et laisseront plein de temps à leur mère pour qu’elle puisse assumer la majorité des tâches domestiques, se faire belle pour les photos et retourner au boulot toujours beaucoup trop tôt …

Sommeil et allaitement, est-ce vraiment incompatible?

En tant que consultante en lactation et professionnelle de santé, je me dois de relayer les consignes de sécurité françaises mais cela me pose un problème quotidiennement, en effet, le couchage sur le dos n’est en général pas problématique, mais la séparation des lits perturbe grandement la relation d’allaitement. Les parents se retrouvent à allaiter la nuit dans des fauteuils et risquent de s’y endormir, ce qui est beaucoup plus dangereux, d’autres prennent leur bébé quand même dans leur lit, en culpabilisant et en vivant des mois d’angoisses, d’autres vont sacrifier leur allaitement au profit de nuits plus ou moins partagées entre les parents,

la plupart utilisent des cododo, ce qui représente pour moi l’objet de puériculture le plus intéressant de ces 50 dernières années. C’est un petit compromis, mais là encore, certains parents se font encore culpabiliser par des pros de santé complètement déconnectés des réalités du post-partum.

Ma grand-mère me disait que ses bébés avaient fait leurs nuits en 15 jours, en dormant à l’autre bout de l’appartement, mais quand même, parfois elle les entendait, et les prenait avec elle dans le lit parental. Elle disait cela avec un pointe d’agacement encore perceptible après des décennies.

Mes parents ont l’air d’avoir vécu un enfer, persuadés qu’ils étaient qu’un enfant DEVAIT faire ses nuits et que le contraire était pathologique, ils nous ont donné des sirops pour dormir (Nopron et compagnie) et se sont vaillamment battus pour qu’on dorme sans moufter!

Quand j’ai eu mon 1er enfant, j’ai suivi exactement les recommandations, j’ai couché mon bébé dans son berceau dans notre chambre, je l’ai allaité 6 mois exclusivement puis je l’ai sevré à 2 ans, il a fait ses nuits vers 18 mois, cela m’a littéralement épuisée. On a tenté toutes les techniques de coaching, j’ai lu tous les livres disponibles à l’époque, c’était une discussion récurrente avec les autres parents, avec les professionnels de santé, j’ai cherché en vain la méthode efficace, j’ai même donné de l’homéopathie !!

Pour mon 2eme bébé, des groupes de mères rebelles sur Twitter m’ont conseillé d’acheter un cododo et cela a littéralement sauvé mon état mental. Je n’ai ressenti aucune fatigue liée aux nuits avec cet enfant, ce qui m’a motivée pour en faire d’autres! Tout était plus facile, je me levais le matin en pleine forme, mon mari me demandait comment ça s’était passé, je n’en avais strictement aucune idée, seul le poids de la couche du matin nous donnait une indication sur le nombre de tétées nocturnes!

Aujourd’hui, je dirais que cela fait probablement 12 ans que je n’ai connu aucune nuit complète et pourtant cela ne me pose strictement aucun problème, pourquoi? parce que je ne suis plus obsédée par cette question du sommeil, je me suis affranchie des normes, nous dormons intuitivement avec les enfants qui en ressentent le besoin et ça n’a aucun impact sur la qualité de nos journées.

Il y a 10 ans, je me suis retrouvée à un café avec une maman japonaise, qui venait d’arriver à la crèche, nous discutions des nuits de nos enfants, il a fallu lui expliquer longuement ce qu’on voulait dire: « faire ses nuits » elle ne comprenait pas pourquoi on se levait la nuit, pourquoi on essayait de formater nos enfants, surtout elle ne comprenait pas pourquoi on se compliquait à ce point la vie, cette mise en perspective m’a beaucoup amusée. Finalement, elle nous a demandé si nos partenaires faisaient aussi leurs nuits, bah… oui, non, les adultes et les enfants se réveillent la nuit, puis ils se rendorment à condition qu’ils se sentent en sécurité et confortables.

En tant que consultante en lactation, je conseille aux parents de suivre leur instinct tout en tenant compte des recommandations de sécurité. Chaque bébé est unique, et il est important de trouver un équilibre entre les besoins individuels de l’enfant et les conseils généraux. Je les encourage à écouter leur bébé, à observer ses signaux de fatigue et à créer un environnement de sommeil apaisant et agréable pour tous.

En fin de compte, il n’y a pas de solution universelle. Les parents doivent trouver ce qui fonctionne le mieux pour leur famille, tout en gardant à l’esprit que le sommeil est un processus évolutif, beaucoup plus long en pratique que ce que nous en lisons ici ou là. Et rappelez-vous, il est normal de se sentir dépassé parfois. Vous n’êtes pas seul dans cette aventure du sommeil !

Bonne fin de journée internationale du sommeil!

Un dispositif peu connu en dehors du petit monde de la lactation mais qui peut s’avérer décisif pour sauver un allaitement : LE DAL ou Dispositif d’Aide à La Lactation. L’essentiel pour démarrer :

Le dispositif d’aide à la lactation (DAL) est un système qui permet d’alimenter un nouveau-né au sein de sa mère en supplément de ce qu’il peut téter directement. 

Le DAL est composé d’une sonde qui permet une alimentation orale du bébé au sein de la mère. En tétant avec le DAL, le nourrisson stimule la sécrétion lactée, favorise le développement de la succion et bénéficie d’un apport nutritionnel adapté. Le DAL offre des avantages émotionnels et affectifs pour la mère et l’enfant. Il permet de nourrir l’enfant lorsque la lactation est insuffisante et lui offre une expérience agréable. 

Le DAL est recommandé pour les nouveau-nés dans les situations suivantes :

  1. Prise de poids insuffisante : Lorsque le bébé a besoin d’un supplément de lait maternel ou artificiel.
  2. Relactation : quand la production de lait est devenue insuffisante
  3. Pour les bébés qui s’endorment au sein ou qui sont peu efficaces.

Le DAL ne doit pas être utilisé dans les cas suivants :

  1. Toutes contre-indications à la nutrition orale.
  2. Absence de succion active.

Quelques points à prendre en compte :

  • Fausses routes : Tenir le biberon de lait à la même hauteur que la tête du bébé au sein.
  • Lésions de la bouche du nouveau-né : Conserver la sonde gastrique intacte à son extrémité.

Voici le matériel requis pour utiliser le DAL :

  • 1 sonde gastrique Charrière n° 5 ou French 5 qu’on peut acheter sur internet ou chez son pharmacien 
  • 1 biberon avec tétine contenant du lait maternel ou artificiel
  • Adhésif adapté à la peau (par exemple, Mépitac)
  • Une seringue pour rincer la sonde. 

Il existe des DAL proposés par des fabricants comme Medela, mais ils sont chers (environ 40 euros), ou des kits comprenant un petit contenant et une sonde. Certaines consultantes en lactation ou loueurs de tire-lait achètent en grosses quantités ces sondes sur internet pour les revendre au détail, cela est beaucoup plus cher mais peut s’avérer très pratique car le DAL est un outil plutôt temporaire. 

En pratique, 

C’est important d’être accompagné au départ par un professionnel ou par une personne de confiance. 

La sonde est insérée quand le bébé a déjà pris le sein, à partir du coin de sa bouche, en direction du palais, quand on voit le lait arriver par la sonde c’est que le bébé prend bien. Attention à ne pas tenir le contenant plus haut que la tête du bébé, alors c’est la gravité qui opère et non la succion de l’enfant. Ce n’est pas grave si le bébé tète un peu d’air au tout début, ce sont des quantités minuscules. 

On peut ensuite fixer la sonde sur sein avec un sparadrap mais ce n’est pas indispensable. 

Il vaut mieux donner de nombreux suppléments de 30ml que des gros suppléments de 120 ml par ex. En général, on donne préférentiellement du lait maternel tiré et si cela manque, on donne des compléments industriels. 

Un bébé bien nourri sera de plus en plus efficace au sein, parfois il est préférable de renoncer à un allaitement exclusif quand on a le projet qu’il dure! On pourra revenir à un allaitement exclusif quand celui-ci sera enfin solide!

Après usage, il ne faut pas faire bouillir la sonde, le plastique n’est pas prévu pour cela, on rince à l’eau avec la seringue plusieurs fois ou avec de l’eau savonneuse qui nécessitera un rinçage abondant et soigneux. On laisse sécher en suspendant la sonde, au bout de quelques jours, il est préférable de changer la sonde surtout si elle devient un peu raide. 

N’hésitez pas à demander de l’aide par mail ou consulter si besoin! 🤱

Faut-il partir dans des diètes compliquées à l’approche de la ménopause?

Photo de RDNE Stock project sur Pexels.com

Une question qui me revient souvent suite à de nombreuses fausses pistes qui circulent sur les réseaux sociaux, comme par exemple des régimes proposés par des naturopathes tenant compte des statuts hormonaux « la clé métabolique » ou régimes accompagnant la prise de compléments alimentaires. (Lesquels sont souvent inutiles, rappelons-le.)

Comme toujours, il est parfaitement inutile de se lancer dans des prises en charges coûteuses sans aucune garantie de résultats alors que les principes basiques peuvent apporter beaucoup de confort quand ils sont appliqués. Voici donc un rappel qui me semble utile :

La ménopause est une période de transition importante dans la vie d’une femme. Pour maintenir votre santé et votre bien-être, voici quelques recommandations basées sur des preuves scientifiques :

  1. Calcium et à la Vitamine D : Assurez-vous d’inclure des produits laitiers ou des boissons végétales enrichies, des légumes verts à feuilles et éventuellement des poissons gras dans votre alimentation. Ces aliments sont riches en calcium et en vitamine D, essentiels pour la santé de vos os. Il existe sur https://jemangevegetal.fr des posters reprenant toutes principales les sources de calcium (et autres nutriments) pour les vegans et végétariens.
  2. Fruits et Légumes  : Les antioxydants, les fibres et les vitamines présents dans les fruits et légumes sont bénéfiques pour votre santé globale. Ajoutez-les à chaque repas, oui les diets disent toujours la même chose mais c’est parce que c’est le conseil le mieux étayé par la littérature scientifique et c’est celui qui est le moins bien suivi!
  3. Viandes Blanches et Poissons si vous en consommez : Optez pour des viandes blanches (poulet, dinde) et des poissons. Ils sont riches en protéines maigres et en acides gras oméga-3
  4. Huile d’Olive et de Colza : Utilisez ces huiles pour cuisiner et assaisonner vos plats. Elles sont excellentes pour votre cœur. D’autres huiles plus chères et moins stables sont aussi excellentes comme l’huile de Lin, Noix ou Cameline. Mangez des oléagineux tous les jours en les variant.
  5. Modération voire arrêt total de la Charcuterie et des Viandes Rouges : Réduisez la consommation de charcuterie et de viandes rouges, remplacez les par des protéines végétales.
  6. Restez Hydratée : Buvez suffisamment d’eau tout au long de la journée, c’est bête à écrire mais on voit des patients toutes les semaines qui mangent ou boivent des cafés pour s’hydrater.
  7. Réduisez voir arrêtez l’alcool : pire ennemi de la santé, meilleur ami de la sédentarité, un des rares cancérigène dont on est absolument certain de ses effets néfastes. Oui, le petit vin bio local du vigneron sympa ami de la famille, c’est aussi de l’alcool et c’est plus cancérigène que votre vieille poêle tefal.
  8. Fibres Alimentaires : Les céréales complètes, les légumineuses et les fruits sont riches en fibres. Elles favorisent la digestion et aident à maintenir votre poids d’équilibre.
  9. Bougez ! : L’exercice physique régulier est essentiel. Essayez de faire au moins 30 minutes d’activité modérée tous les jours de la semaine. Cherchez l’effort, soyez rouges et transpirantes, c’est ça qu’on veut!
  10. Débarrassez vous des injonctions patriarcales sur comment devraient être le corps des femmes, vous avez bien donné pendant des décennies, ça suffit!
  11. Consultez un Professionnel de la Santé : Chaque femme est unique. N’hésitez pas à consulter un diététicien ou un professionnel de la santé pour des conseils personnalisés.

Prenez soin de vous et de votre corps pendant cette période de transition. Vous méritez une santé optimale !

N’oubliez pas que ces conseils sont généraux et qu’il est important de tenir compte de votre état de santé individuel. Consultez toujours un professionnel de la santé avant d’apporter des changements significatifs à votre alimentation.

Plaisir pour tous! Plaisir pour tous! Plaisir pour tous! Plaisir pour tous!

« On s’est lâchés à Noël, j’avais envie de me faire plaisir, je regrette énormément. »

Voilà une phrase que j’ai beaucoup entendue lors de ce dernier mois de janvier et que j’entends encore.

Elle est à la fois très courante mais aussi très étonnante, toujours un signe que le travail entrepris n’est pas achevé. L’objectif de mes suivis diététiques est de permettre à nos patients de profiter de l’incroyable source de plaisir que représente l’alimentation. C’est la condition sine qua non pour retrouver un rapport sain avec l’acte alimentaire et par ce biais, retrouver son poids d’équilibre ou une bonne santé quand ils ont été perdus.

Il n’y a pas d’aliment qui ne puisse pas être une source de plaisir intense.

Il y a les aliments palatables, bien sûr, chocolat, chips, bonbons, ils sont bien formulés, en général par des industriels qui s’y connaissent et ils ont une place dans l’alimentation pour ce qu’ils sont, des aliments réconfortants, constants, sur lesquels on peut toujours compter. Mais on ne peut pas se baser uniquement sur cette source de plaisir pour faire chanter son quotidien alimentaire, et tout notre travail consiste à retrouver le plaisir avec TOUS les aliments. Et il y a mille situations et configurations possibles, en voici quelques unes piochées dans les questionnaires de mes patients :

J’ai couru 10 kilomètres, j’ai très soif, l’eau va m’apporter un bien être de fou.

J’ai travaillé longuement, j’ai été portée par des projets qui m’intéressent mais j’ai très faim, j’ai une poêlée de légumes et riz qui date d’hier soir, pas très glamour mais je suis certaine que je vais me régaler.

Je suis dans le tunnel du soir avec mes enfants, j’enchaîne tâches ménagères et devoirs, règlements de comptes entre frères et soeurs, sollicitations diverses, je prends une clémentine, c’est frais, c’est acidulé, c’est sucré, c’est bon, je me régale.

Je prépare le repas, je commence à avoir un peu faim, je prends un morceau de comté avec un bout de pain, c’est divin.

C’est dimanche, je me suis levée tard, j’ai déjeuné quantité de pains et de viennoiseries, il est 13H, je n’ai pas vraiment faim mais je suis invitée, je prends de la salade verte, la vinaigrette est sublime, je me régale, je me ressers!

J’ai pas le temps de cuisiner, j’ai quelques radis au frigo, je me fais des oeufs à la coque, je beurre quelques tartines, je termine mon repas avec un café et un kinder Bueno, je me suis régalée.

Je vais chez une amie chez qui j’ai déjà mangé des carottes râpées qui avaient fait explosé mes papilles gustatives, elle me promet de me les préparer aujourd’hui, j’en salive à l’avance, j’adore cette fille et j’adore sa sauce à l’ail, quel bonheur!

Si tous les aliments sont susceptibles d’apporter d’immenses plaisirs, pourquoi cela ne se passe pas toujours ainsi? que se passe-t-il quand nous perdons le plaisir? Comment faire pour le retrouver?

Il y a des circonstances dans les prises alimentaires qui vont favoriser le plaisir, circonstances sociales, circonstances individuelles, pensées, comportements, mais aussi des facteurs physiques qu’on ne peut négliger et qu’il convient de reconnaître et de travailler, comme la faim par exemple, merveilleux moteur de plaisir,

Il y a aussi cette foutue morale avec laquelle on vit parfois depuis l’enfance ou qu’on s’est imposée suite à de multiples régimes, ou bien encore qui est aujourd’hui largement véhiculée par les réseaux sociaux, elle nous colle aux basques et c’est toujours un des objectifs majeurs des consultations de la reconnaitre, de la critiquer, puis de s’en débarrasser!

C’est un gros travail de retrouver le plaisir, on utilise beaucoup des expériences de thérapie cognitive et comportementale, mais aussi diverses stratégies fondées sur une écoute attentive, un soutien et quelques conseils adaptés à chaque situation, c’est un travail parfois long mais qui change littéralement la vie et qui est accessible à tous.

Ne vous contentez jamais d’une vie alimentaire morne, on ne vit qu’une fois, on ne mange qu’une fois le même plat,

si vous pensez que tout cela ne vous est pas accessible facilement, alors il est peut-être temps de consulter, vous le méritez bien !

Prendre réellement soin des parents, c’est les aider à être imparfaits

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L’offre de coaching pour les jeunes parents est de plus en plus répandue, c’est un marché qui ne cesse de s’étoffer, offrant de multiples accompagnements dans cette période de transition. Il existe des coaching pour à peu près tout, pour apprendre à diversifier son enfant, pour apprendre à son bébé à dormir, cours de communication, cours de relaxation en famille, etc etc etc.. c’est un marché florissant qui permet à beaucoup de personnes de se réorienter professionnellement à peu de frais. Cependant, il est essentiel d’examiner à la fois les avantages et les effets délétères que cela peut engendrer.

  1. Renforcement de la Confiance:
    • Le coaching parental peut aider les jeunes parents à développer leur confiance en eux. Ils apprennent des stratégies pour gérer les défis de la parentalité et à se sentir plus compétents dans leur rôle.
    • La connaissance des techniques d’éducation et la compréhension des besoins de l’enfant peuvent renforcer leur assurance.
  2. Pression et Idéalisation:
    • Cependant, le coaching peut aussi créer une pression supplémentaire. Les jeunes parents peuvent se sentir obligés d’atteindre un idéal de parentalité.
    • L’objectif de devenir des parents parfaits peut générer du stress et de l’anxiété. Ils se comparent souvent à d’autres parents ou aux normes sociales.
    • les coachs peuvent diffuser des normes sociétales inadaptées ou contribuer à maintenir de vieilles règles patriarcales comme certains coachs en sommeil qui vont contribuer à générer des attentes irréalistes chez les enfants en dessous de 3 ans ou bien qui vont suggérer qu’il faudrait que le bébé fasse ses nuits pour que la maman puisse reprendre le travail moins fatiguée (pour qu’elle continue ensuite à assumer une majorité des tâches ménagères et toute la charge mentale sans trop se plaindre…).
    • Souvent mais pas toujours, les coaches font référence à des données scientifiques incomplètes, anciennes voire complètement fantaisistes. On voit aussi beaucoup de coachs imiter des professions de santé, s’y substituer et suggérer des diagnostics. Récemment, j’ai reçu une famille dont l’allaitement avait été saccagé par une coach en sommeil (pourtant de profession d’origine infirmière) et qui, malgré le sevrage du bébé la nuit, devant les réveils persistants du bébé, a évoqué divers diagnostics : un reflux, une allergie aux PLV. J’observe également quantité de professionnels qui donnent des conseils nutritionnels après avoir fait des formations de quelques heures à quelques jours, souvent auprès de personnes qui ne sont elles-même pas réellement des professionnels de la nutrition.
  3. Impact sur l’Estime de Soi:
    • La quête de perfection peut entraîner une baisse de l’estime de soi. Les parents se jugent sévèrement lorsqu’ils ne répondent pas à ces attentes élevées.
    • Ils peuvent douter de leurs compétences et se sentir inadéquats, ce qui affecte leur confiance en eux.
  4. Équilibre et Bienveillance:
    • Il est crucial que les parents fassent leurs propres expériences en toute liberté, tâtonnent d’erreurs en réussites. L’accompagnement par des pairs, est par exemple dans l’allaitement maternel, le plus efficace, le moins cher (il est gratuit!) et beaucoup plus sûr que ce qu’on imagine parfois. (Notamment sur les réseaux sociaux où les groupes de mères diront moins de bêtises que certaines professionnelles!)
    • Les jeunes parents doivent se rappeler qu’il n’existe pas de parents parfaits et qu’ils font de leur mieux avec amour et dévouement. Le modèle de parents vendu part les coachs n’existe que sur les réseaux sociaux!
    • Il est important de promouvoir les ratés, les manquements et l’imperfection chez les parents, ce sont des évènements utiles pour la construction de leur propre parentalité, leur permettre de trouver leur propre chemin. C’est aussi un exemple à donner à leurs enfants.

En somme, le coaching parental pourrait parfois être un outil intéressant , mais il doit être utilisé avec discernement. L’objectif devrait être d’aider les parents à évoluer sans les accabler de pression inutiles, et notamment sans leur imposer une nouvelle pression financière. Il ne remplace jamais l’expertise des professionnels de santé .

Les réseaux sociaux et la nutrition, un bien mauvais ménage.

Je suis préoccupée par les tendances nutritionnelles sur les réseaux sociaux tels qu’Instagram. Les jeunes de 18 à 24 ans sont particulièrement influencés par les publications « healthy » sur Instagram, qui comptent plus de 174 millions de posts en juin 2021 1. Les publications « healthy » sont principalement émises et ciblées sur les femmes, et elles ont un caractère protéiforme. Les influenceuses qui promeuvent ces tendances ne sont presque jamais des professionnels de la santé et donnent des conseils nutritionnels erronés. Il est important de se rappeler que chaque individu a des besoins nutritionnels différents et que les conseils nutritionnels doivent être personnalisés en fonction de chaque personne.

Il est également important de noter que les publications « healthy » peuvent avoir un impact négatif sur la santé mentale des jeunes (et des moins jeunes!). Les publications qui promeuvent des corps minces et musclés peuvent encourager les troubles alimentaires et l’obsession de la nourriture 1. Les jeunes peuvent également se sentir mal à l’aise avec leur propre corps en comparant leur apparence à celle des influenceuses. Il est important de promouvoir une image corporelle positive et de rappeler que chaque corps est différent. Certaines influenceuses ont compris leur impact et leur rôle à jouer pour lutter contre cette forme de patriarcat, j’apprécie tout particulièrement le compte instagram de Danae Mercer.

En tant que diététicienne evidence based, je recommande de consulter un professionnel de la santé pour obtenir des conseils nutritionnels personnalisés. Les professionnels de la santé peuvent aider à établir des objectifs nutritionnels réalistes et à fournir des conseils nutritionnels fondés sur des preuves scientifiques. Il est également important de se rappeler que la nutrition ne doit pas être considérée comme une restriction, mais plutôt comme une façon de nourrir son corps et de promouvoir une vie plus saine sans pour autant en faire une obsession . Que les recommandations nutritionnelles sont simples, que ce n’est pas aux patients de contrôler toute la chaine alimentaire mais bien aux institutions nationales et internationales.

rappelons également que :

⚠️ « Art. L. 4371-2. – Seules peuvent exercer la profession de diététicien et porter le titre de diététicien, accompagné ou non d’un qualificatif, les personnes titulaires du diplôme d’Etat mentionné à l’article L. 4371-3 ou titulaires de l’autorisation prévue à l’article L. 4371-4. »

⚠️ L’article L. 4372-1 du code de la santé publique prévoit pour les personnes physiques que : L’exercice illégal de la profession de diététicien est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 Euros d’amende.

1The Conversation

Pourquoi les compléments alimentaires ne sont pas nécessaires pour l’allaitement

Il ne se passe pas une journée sans qu’un laboratoire, qu’une marque agroalimentaire ou qu’une « start-up innovante » me sollicite pour créer un partenariat « dans une approche responsable et éclairée de leurs utilisations ». La plupart des congrès d’allaitement sont dorénavant infiltrés par ces marques, de très nombreuses consultantes en lactation IBCLC ou DIULHAM cèdent à la pression et louent leur expertise au profit de ces marques.

Il ne se passe pas une consultation d’allaitement sans que les mères me demandent « Vous qui êtes nutritionniste, qu’est-ce que vous pensez de ces produits ? de ce complément ? »

Pourquoi ? Parce que les mères traînent beaucoup sur les réseaux sociaux et les algorithmes ont compris qu’elles étaient une bonne cible marketing. Les marques l’ont compris également. Alors ça redouble de discours bienveillants, ça donne du « Mama » par ci, du « Mama » par là, rhétorique séduisante (mais oh combien débilitante), qui, petit à petit vient semer le doute chez les mères.

Puis ça vend des Nutella à 15 euros le pot de 220g, des gélules pour augmenter la lactation, des paquets de granola de 300g à 15 euros, les inquiétudes voire la souffrance des parents deviennent lucratives.

On voit également ces marques se lancer sur le marché de l’infertilité avec la même énergie en vendant des compléments pour booster la fertilité à 36 euros pour 20 jours.

Mais soyons clair, les compléments alimentaires NE SERVENT À RIEN pour l’allaitement. IL n’y a AUCUNE société savante qui les préconise. Les arguments scientifiques largement cités sont extrêmement pauvres, voire inexistants quand ils ne sont pas carrément mensongers.

Les compléments alimentaires peuvent parfois être utiles, mais ils sont réservés à des mères qui auraient par ailleurs des risques de carences réels mais cela, ce ne peut être évalué QUE PAR DES PROFESSIONNELS DE LA NUTRITION. Une mère qui mange varié et à sa faim produira un lait absolument parfait et en quantité suffisante pour son bébé. Si ce n’est pas le cas, alors il y a un problème qui ne sera JAMAIS résolu par des compléments alimentaires.

Les quelques mères qui ont besoin de compléments n’ont pas besoin qu’on les oriente vers une marque, il y a des pages très bien faites dénuées de conflits d’intérêt qui détaillent certains compléments. (ex la page Vegeclic pour les parents végétariens ou vegans)

Vous me direz « oui mais les créatrices de ces marques sont des mamans très sympathiques » OK, c’est très bien mais ça ne change rien aux faits.

J’entends aussi « C’est peut-être cher et inutile mais ça ne leur fait pas de mal » et bien là-dessus, je ne suis pas d’accord, c’est comme pour l’homéopathie, la poudre aux yeux peut être une perte de chance, les mères pourraient ne pas suivre certains conseils qui leur sont donnés parce qu’elles croient que les produits qu’elles prennent sont actifs, elles pourraient négocier, elles pourraient perdre du temps, tarder à consulter, elles pourraient surtout perdre leur confiance puisqu’on leur fait croire qu’elles ne peuvent pas y arriver sans ces produits.

Donc, répétons tous en cœur : « PARENTS, VOUS ÊTES FORTS ET PUISSANTS, VOUS POUVEZ VOUS DÉBROUILLER DANS LES MÉANDRES DE LA PARENTALITÉ AVEC VOS PROPRES RESSOURCES«  (sans gaspiller votre argent)