Quand la science dérange : l’histoire de l’étude qui montrait une mortalité plus faible chez les personnes en surpoids

Image d'un texte sur fond clair, présentant un titre en gros caractères noir : "Quand la science dérange : l'histoire de l'étude qui montrait une mortalité plus faible chez les personnes en surpoids". En dessous, un extrait en plus petits caractères explique qu'une étude publiée en 2013 par l'épidémiologiste Katherine Flegal a conclu que les personnes en surpoids avaient une mortalité inférieure à celles de poids normal.

Voici un cadeau de Noël en avance pour tous ceux qui stressent à l’idée de reprendre de la bûche. En santé publique, certaines publications ne font pas que bousculer les certitudes : elles déclenchent de véritables tempêtes politiques, médiatiques et culturelles.  

C’est exactement ce qui s’est produit en 2013, lorsqu’une équipe du CDC (Centers for Disease Control and Prevention) ( institution scientifique majeure) menée par l’épidémiologiste Katherine M. Flegal a publié une méta‑analyse dans JAMA (très bon journal, sérieux) concluant que les personnes en surpoids (IMC 25–29,9) présentaient une mortalité plus faible que celles classées dans la catégorie “poids normal”.

relisez la dernière phrase, non vous n’avez pas vu cela passer (ou bien juste les plus avertis d’entre vous) et voici pourquoi :

La publication originale est la suivante :

Flegal KM, Kit BK, Orpana H, Graubard BI.  

Association of All-Cause Mortality With Overweight and Obesity Using Standard Body Mass Index Categories: A Systematic Review and Meta-analysis.  

JAMA. 2013;309(1):71‑82.

Cette méta‑analyse, portant sur près de 3 millions de personnes, montrait que :

  • les personnes en surpoids avaient une mortalité inférieure à celles de “poids normal”
  • l’obésité modérée n’était pas associée à une surmortalité systématique
  • le BMI est un indicateur imparfait, incapable de capturer la complexité du risque métabolique

Autrement dit : la relation entre poids et mortalité n’est pas linéaire, et le discours dominant ne reflète pas toujours la réalité statistique.

La publication a déclenché une vague de critiques, dont certaines parfaitement légitimes sur le plan méthodologique.  

Dans une réponse publiée dans JAMA, des chercheurs de Harvard, dont Walter Willett, ont attaqué l’étude avec une virulence inhabituelle.  

Willett est même allé jusqu’à qualifier publiquement le travail de Flegal de « pile of rubbish » traduction « un tas d’inepties », une phrase rapportée ensuite dans Nature. https://jamanetwork.com/journals/jama/article-abstract/1681397# https://www.nature.com/articles/497428a.pdf

Katherine Flegal elle‑même a été la cible d’attaques ad hominem, y compris sur son apparence physique.  

Elle raconte cette expérience dans un texte devenu célèbre : The Obesity Wars and the Education of a Researcher. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34139265/

Quand une scientifique est attaquée non pas pour ses données, mais pour son corps, cela dit quelque chose de profond sur la manière dont nos sociétés parlent du poids.

Pourquoi cette étude dérangeait autant? parce qu’elle remettait en cause plusieurs piliers implicites de la santé publique américaine :

  • l’idée que “chaque kilo en trop tue”
  • la centralité du BMI comme indicateur de risque
  • la vision moraliste du poids corporel
  • la logique punitive des politiques de prévention
  • la croyance que la perte de poids est toujours bénéfique

En montrant que le surpoids pouvait être associé à une mortalité plus faible, Flegal ne disait pas que “le surpoids est bon pour la santé”.  

Elle disait que la réalité est plus complexe que le récit dominant. Et c’est précisément ce qui a dérangé.

Ce que cette controverse nous apprend aujourd’huib alors que chaque jour, je reçois de mails de patients qui veulent des wegovy et autres munjaro,

Cette affaire est devenue un cas d’école sur :

  • la difficulté d’accepter des résultats qui contredisent les attentes
  • la manière dont les débats scientifiques peuvent être contaminés par des enjeux politiques et culturels
  • la stigmatisation du poids, y compris dans les milieux académiques
  • la nécessité de distinguer la critique scientifique de l’attaque personnelle
  • l’importance de protéger les chercheurs lorsque leurs travaux dérangent
  • Elle rappelle aussi que la santé publique doit s’appuyer sur des données, pas sur des intuitions morales.

Pourquoi c’est encore pertinent en 2025 ?

Parce que nous continuons à débattre du poids comme d’un marqueur moral plutôt que comme d’un phénomène biologique, social et environnemental.  

Parce que les politiques publiques restent souvent centrées sur le BMI, malgré ses limites.  

Parce que la stigmatisation du poids demeure un obstacle majeur à l’accès aux soins.

Et parce qu’il existe des entreprises, des laboratoires qui ne vivent que parce que la grossophobie est une source inépuisable de revenus.

L’histoire de Katherine Flegal, n’oubliez pas ce nom, nous rappelle que la science n’a pas pour mission de confirmer nos croyances, mais de les questionner.

Voilà, je vous souhaite à tous d‘excellentes fêtes,

et pour l’année 2026, une bonne santé quel que soit votre poids.

Éthique et allaitement IBCLC : au-delà du code OMS et des dérives marketing en périnatalité 

Éthique, indépendance et lutte contre la désinformation en allaitement

Éthique du soutien à l’allaitement IBCLC : un sujet incontournable dans le monde de la périnatalité.  

Aujourd’hui, on regrette que la discussion éthique s’oriente presque exclusivement autour du respect du code OMS de commercialisation des substituts du lait maternel, et des risques associés au marketing abusif des laits infantiles. Cette conversation est primordiale, mais elle reste incomplète face aux nouveaux enjeux commerciaux qui explosent dans le domaine de la périnatalité : influence digitale, partenariats sponsorisés, formations financées par des marques.

En tant que consultante en lactation IBCLC et diététicienne-nutritionniste, je tiens à rappeler que mon accompagnement est indépendant et sans conflits d’intérêt. Je ne collabore avec aucune marque, aucun sponsor, et je refuse toute influence commerciale. Mon engagement est clair : défendre une pratique fondée sur la science, l’éthique professionnelle et le respect des familles.

Dans un contexte où les fakemed et la désinformation médicale prolifèrent, il est essentiel de rester vigilants. Les parents ont besoin d’un accompagnement fiable, basé sur des données probantes, et non sur des discours pseudo-scientifiques ou des stratégies marketing.

✨ Comme le rappelle notre article commun avec Elise ARMOIRY sur notre page commune Lactasource :  

« Soutenir une mère qui allaite, ce n’est pas vendre un produit, c’est accompagner une relation. »

👉 À lire absolument : Éthique des consultantes en lactation IBCLC et dérives marketing du soutien à l’allaitement

Formation Végane et Allaitement pour Professionnels de Santé

Infographie sur la formation 'Alimentation végane et allaitement', indiquant les objectifs clés tels que l'identification des besoins nutritionnels des femmes allaitantes véganes, la détection des carences et le conseil bienveillant aux familles.

Professionnel·le·s de santé et de la périnatalité : formez-vous pour accompagner les familles véganes avec rigueur et bienveillance. La formation “Alimentation végane et allaitement” de Lactasource est faite pour vous.

Dans un contexte où de plus en plus de familles adoptent des régimes végétariens ou véganes, les professionnel·le·s de santé sont souvent confronté·e·s à des injonctions contradictoires, des zones d’ombre, voire à une certaine hostilité autour de ces choix alimentaires. Pourtant, notre rôle est d’accompagner toutes les familles avec compétence, respect et neutralité scientifique.

C’est exactement ce que propose Lactasource avec sa formation “Alimentation végane et allaitement” : une demi-journée en classe virtuelle, animée par Marie-Xavier Laporte, diététicienne-nutritionniste, titulaire du DIULHAM et également IBCLC, pour vous permettre de :  

✅ Identifier les besoins nutritionnels clés de la femme allaitante végane  

✅ Repérer les carences fréquentes (B12, fer, DHA) et savoir les prévenir  

✅ Conseiller les familles avec rigueur et bienveillance  

✅ Adopter un discours professionnel fondé sur les données scientifiques

La formation est interactive, pratique et accessible. Elle dure 3h30 en classe virtuelle synchrone, s’adresse aux professionnel·le·s de santé et de la périnatalité, mais également aux diététiciens peu formés à l’allaitement, et combine apports théoriques, études de cas, échanges d’expériences. Vous bénéficiez de supports PDF, PowerPoint et d’un espace de ressources partagées. L’évaluation se fait par quizz, mises en situation et auto-positionnement.

Pourquoi vous inscrire ?  

👉 Parce que les familles véganes méritent un accompagnement éclairé et sans jugement  

👉 Parce que vous souhaitez enrichir vos compétences en nutrition périnatale  

👉 Parce que vous êtes convaincu·e que la diversité alimentaire doit être comprise, pas combattue

Ne laissez pas le flou ou les idées reçues guider vos conseils. Rejoignez la formation “Alimentation végane et allaitement” et devenez un·e référent·e éclairé·e sur ce sujet encore trop peu abordé.

📍 Découvrez la formation et inscrivez-vous ici  

💬 Vous avez suivi cette formation ou vous hésitez à vous inscrire ? Partagez vos questions ou retours en commentaire !

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Pas besoin de maigrir pour Noël! mais si ça vous travaille, que les chocolats vous inquiètent, il est peut-être temps de consulter.

Table festive avec une variété de plats, y compris des légumes, des fruits, des desserts au chocolat et des boissons, décorée de lumières scintillantes et de pins de Noël.

À l’approche des fêtes, les injonctions à “perdre du poids avant Noël” se multiplient.

Comme si le plaisir de se retrouver autour d’un bon repas devait forcément être conditionné à une silhouette plus mince. Et pourtant… il n’est pas nécessaire de maigrir pour profiter des fêtes.

Ce qui pèse souvent le plus lourd pendant les repas de fin d’année, ce ne sont pas les calories… mais les remarques et les critiques :  

“Tu reprends du dessert ?”  

“Tu as bien profité cette année, non ?”  

“Tu devrais faire attention…”

« oh lala le fromage, 5 minutes dans la bouche, 20 ans dans les fesses! »

Ces petites phrases, parfois dites à la volée, peuvent gâcher le plaisir et raviver des insécurités. Alors plutôt que de se lancer dans une course contre la montre pour perdre quelques kilos, pourquoi ne pas travailler sur son alimentation en profondeur ?

Consulter une diététicienne, c’est s’offrir un accompagnement bienveillant pour :

•  Apprendre à écouter ses sensations alimentaires

•  Se préparer aux repas de fête sans culpabilité

•  Trouver des stratégies pour répondre aux remarques sans se laisser atteindre

•  Profiter pleinement des moments partagés, sans peur de “grossir”

Cette fin d’année peut être différente. Pas de régime express, pas de privation. Juste du plaisir, de la confiance, et une alimentation qui vous respecte.

Si ça vous travaille, si vous sentez que ces remarques vous touchent ou vous stressent… il est temps de consulter.

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Surmonter les troubles de l’oralité alimentaire : témoignages, conseils et ressources pour commencer

cet article fait suite à celui publié précédemment dans le BLOG

De nombreuses familles ont réussi à surmonter progressivement les troubles de l’oralité alimentaire grâce à un accompagnement adapté. Camille, maman de Léo (7 ans), raconte :

« Léo refusait toute nourriture solide. Grâce à un suivi en orthophonie et à l’accompagnement de Mme LAPORTE , nous avons réintroduit les textures progressivement. Aujourd’hui, il mange des morceaux et prend plaisir à découvrir de nouveaux aliments. » (noms changés pour respecter le secret médical)

Chaque enfant progresse à son rythme, mais les témoignages montrent qu’un cadre bienveillant et structuré peut transformer la relation à l’alimentation.

Conseils pratiques pour les parents

Voici quelques stratégies simples à mettre en place à la maison :

•  Proposer à chaque repas les nouveaux aliments en très petites quantités, sans pression. cela veut dire qu’il ne faut en aucun cas commenter la prise ou non de l’enfant, ni négativement mais surtout pas positivement non plus, cela met beaucoup de pression sur l’enfant : adopter une POKER FACE (c’est à dire un visage tranquille qui ne trahit pas une déception ou une joie)

•  Introduire les textures progressivement : purée lisse → purée épaisse → petits morceaux.

•  Utiliser le jeu et l’imitation : cuisiner ensemble, jouer avec les couleurs, manger en famille. Les parents devraient systématiquement manger la même chose que les enfants (et peuvent bien entendu compléter!)

•  Respecter les signaux de l’enfant : ne pas forcer, mais encourager doucement. Ne pas proposer d’alternative, et dire systématiquement « voici ce qui est prévu maintenant » au prochain repas, nous pouvons prévoir autre chose.

•  Créer un environnement calme et rassurant pendant les repas.

Structurer les repas pour favoriser l’exploration

•  Instaurer des rituels : même horaire, même lieu, assiette adaptée.

•  Offrir un aliment connu + un aliment nouveau à chaque repas.

Ressources pour aller plus loin

Pour approfondir le sujet, voici quelques liens utiles :

•  Troubles de l’oralité – Fédération Française des Diététiciens Nutritionnistes

•  Guide pratique de réintroduction alimentaire – Orthophonie & Co

•  Vidéo explicative sur les troubles sensoriels alimentaires – YouTube

j’aime particulièrement le programme américain http://kidseatincolor.com de l’excellente diététicienne pédiatrique Jennifer Anderson.

À retenir

Les troubles de l’oralité alimentaire peuvent être source d’inquiétude, mais ils ne sont pas une fatalité. Avec un accompagnement adapté, des outils concrets et une approche bienveillante, il est possible de restaurer le plaisir de manger et de favoriser une alimentation variée et sereine.

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Mon enfant a un trouble de l’oralité, TOA ou dysoralité alimentaire, que faire? qui consulter? Quand consulter?

Cette image générée par intelligence artificielle reflète une vision idéalisée de la scène familiale : le père et la fille dégustent des légumes vapeur, tandis que la mère se contente d’une portion minimaliste de pâtes sans sauce. Il s’agit d’une représentation stylisée, loin d’une réalité quotidienne.

Troubles de l’oralité alimentaire : comprendre et accompagner tranquillement

Les troubles de l’oralité alimentaire désignent des difficultés liées à l’acte de manger, souvent observées chez les jeunes enfants. Ils peuvent concerner la mastication, la déglutition, le refus de certaines textures ou odeurs, ou encore une hypersensibilité buccale. Ces troubles peuvent impacter la croissance, le comportement alimentaire et la vie sociale de l’enfant. Mais surtout il « pourrissent » le rapport à l’alimentation et aux repas des enfants et de leurs parents.

Symptômes fréquents

Les signes les plus courants incluent :

•  Refus de manger certains aliments ou textures

•  Vomissements ou nausées à table

•  Mastication difficile ou inexistante

•  Crises de pleurs pendant les repas

•  Sélectivité alimentaire extrême

Qui consulter en cas de trouble de l’oralité ?

La prise en charge est pluridisciplinaire et peut inclure :

•  L’orthophoniste pour une rééducation des fonctions oro-motrices et la déglutition, un travail sur la sensibilité orale

•  Le psychomotricien pour les troubles sensoriels et moteurs

•  Le psychologue pour l’accompagnement psychologique, émotionnel et comportemental et surtout pour un soutien des parents dans ce long fastidieux processus vers une alimentation sereine. Ces troubles peuvent être également associés à des TSA et/ou des troubles dys et/ou des pathologies neurodéveloppementales. Ils génèrent de toute façon régulièrement des frustrations, des difficultés à la fois du coté de l’enfant que du coté du parent.

•  Le pédiatre ou médecin généraliste pour le suivi médical global, tous ces professionnels de la santé travaillent ensemble pour améliorer le confort de vie des enfants et de leurs proches mais il ne faut pas oublier que :

Le rôle du diététicien dans les troubles de l’oralité est primordial!

Le diététicien est le spécialiste de l’alimentation et adapte son approche selon les besoins de l’enfant et les objectifs familiaux. Il connait les aliments, il connait les textures, il connait la cuisine, il connait la production et le contenu des aliments.

Le diététicien est formé en pédiatrie, il évalue les apports nutritionnels, propose des stratégies de réintroduction alimentaire et accompagne les parents dans les repas à domicile.

Le diététicien travaille sur la tolérance aux textures, odeurs et températures, il connait toutes les possibilités et les stratégies offertes par les aliments, il sait quelles sont les équivalences, il peut relativiser ce qui est parfois perçu par les parents comme très problématique, il a confiance dans les capacités de tous ses patients, y compris les plus jeunes.

Le diététicien comportemental intègre des techniques de gestion émotionnelle, favorise le plaisir de manger et aide à réduire l’anxiété liée aux repas. Il a l’habitude des blocages, des peurs, des croyances et sait accompagner les familles dans leur globalité, dans leur propre fonctionnement.

Objectifs du suivi diététique

Le suivi vise à :

•  Prévenir les carences nutritionnelles

•  Restaurer une relation positive à l’alimentation

•  Favoriser l’autonomie alimentaire

•  Réduire les conflits autour des repas

Revenir progressivement à une alimentation parfois « imparfaite » mais suffisamment bonne pour l’enfant et suffisante pour rassurer les parents. Plus vite on prend en charge ces difficultés, moins elles s’installeront dans le temps.

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Contre le bruit, pour la nuance, Lactasource : pour celles et ceux qui veulent comprendre, pas juste consommer!

Pourquoi Lactasource ? Parce que nous refusons la confusion au sujet de l’allaitement maternel.

Je suis agacée — et profondément préoccupée — par la prolifération des fakemed, des pseudo-médecines, et des discours pseudo-scientifiques qui s’imposent dans le monde de la périnatalité, là où la rigueur devrait primer. L’envahissement des industriels et des laboratoires dans les sphères de la santé et de la nutrition brouille nos repères. La culture scientifique en pâtit, en France comme ailleurs, et tout devient sujet à remise en question : les aliments, les recommandations, les professionnels eux-mêmes. C’est une cacophonie alimentaire permanente, où le doute devient un outil marketing plutôt qu’un levier de réflexion.

Dans ce contexte, Lactasource est né d’un besoin urgent : celui de penser autrement, de confronter les données sans dogmatisme mais en se fondant uniquement sur les données probantes, et de défendre une approche éthique, rigoureuse et nuancée de la lactation.

Aux côtés d’Elise Armoiry — Docteure en Pharmacie, ancienne Praticienne Hospitalière et IBCLC — nous nous engageons à créer un espace de réflexion critique. Elise apporte une lecture fine des données scientifiques et une exigence clinique rare. De mon côté, en tant que Diététicienne-Nutritionniste et Consultante en Lactation IBCLC, je veille à intégrer les dimensions nutritionnelles, relationnelles et culturelles dans nos contenus.

Nous ne nous contentons pas de citer des études : nous les analysons, les contextualisons, et surtout, nous les mettons au service des familles et des professionnels. Parce que l’accompagnement ne peut pas se faire à coups de slogans ou de biais cognitifs.

Ce site ne sera pas un énième portail d’informations sur l’allaitement — même si vous y trouverez des données fiables et pertinentes. Notre ambition va plus loin : ouvrir un espace de réflexion critique, éclairé et nuancé, où l’approche fondée sur les preuves ne s’arrête pas à la citation d’études, mais intègre aussi :

  • une analyse logique et rigoureuse des arguments,
  • une évaluation du niveau de confiance à accorder à chaque source,
  • une compréhension du contexte scientifique français et international,

et surtout,

une réflexion éthique sur les raisonnements proposés.

Envie de nous suivre dans cette démarche ?  

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Quand les labos de lait nous prennent pour des lapins de six semaines…

Cela faisait longtemps que je n’avais pas été agacée par une de ces communications sur des formations gratuites pour professionnels de santé. J’ai trouvée celle-ci particulièrement sournoise, voici pourquoi :

Le titre « clickbait » (autrefois traduit par « Putaclic ») sur les protéines du lait. Chacun, dans sa pratique quotidienne, est confronté aux problématiques des protéines de lait de vache. Ainsi rien que le titre « protéines de lait » va interpeller.

Il s’agit en réalité des protéines du lait maternel et notamment une protéine la lactopontine ou ostéopontine. Elle est présente en grande quantité après l’accouchement et joue une rôle dans l’immunité du nourrisson. Le lait maternel en est très riche dans les premières semaines puis cela baisse.

Les recommandations d’allaitement courent de la naissance jusqu’à 2 ans et plus, avec 6 mois d’allaitement strictement exclusif, lactopontine ou non, cela ne change rien de rien.

On peut évidemment se passionner pour les composants du lait maternel mais cela n’a aucun intérêt dans notre pratique!

Il est dit dans la description de la formation en question que cette offre est rendue gratuite grâce à la subvention indépendante de BINC.

CHAQUE . MOT . EST . PESÉ.

Et c’est cette infinie précaution pour essayer de séduire le public qui me met la puce à l’oreille. Armée de mon nouvel ami, le Copilot, ou chat GPT, j’ai demandé ce qu’était le BINC : Le BINC, dans le contexte de la nutrition infantile, fait référence au Biostime Institute for Nutrition and Care. C’est une fondation internationale basée à Genève, dédiée à la recherche scientifique sur la santé de la mère et de l’enfant, avec un accent particulier sur la nutrition pédiatrique et les bioactifs du lait maternel. elle est financée par BIOSTIME.

Mais oui! comment ai-je pu les oublier? ils n’ont cessé de vouloir nous financer avec leur argent sale quand j’étais présidente d’IPA ou au conseil d’administration. (information pour l’allaitementhttps://info-allaitement.org).

J’ai donc lâché Copilot qui me décrivait avec enthousiasme tout le travail formidable de cette fondation et j’ai fait fonctionner les derniers neurones qui me restent malgré mon utilisation pluriquotidienne de l’intelligence artificielle. Cette stratégie des labos n’est pas nouvelle, ils financent des études parfois jusque dans nos centres de recherche publics, études sur le lait maternel (on en a vu souvent être publiées par l’INRA par exemple), puis il identifient un composant et en font la promo, sous la forme  » regardez les merveilleux bienfaits du lait maternel » « comme la nature est belle, comme c’est ingénieux » « comme le corps humain est miraculeux » BLA BLA BLA BLA….

Puis une fois que tout le monde connait la molécule en question et comme c’est une pauvre protéine facile à produire, ils la rajoutent dans les boite de lait. Le lait est ULTRA TRANSFORMÉ, n’a pas le moindre lien avec le produit original mais la communication a été bonne et les professionnels de santé vont en parler aux familles qui sont le dernier chaînon de la chaine puisque ce sont eux qui vont enrichir in fine le labo.

Voilà, rien de nouveau sous le soleil : quand c’est gratuit, tu n’es pas toujours le produit mais tu vas certainement participer à quelque chose de très sombre!

Cas clinique : des troubles de l’oralité se résolvent de façon inattendue

Free Vertical shot of a fork with homemade couscous, showcasing a delicious, detailed texture. Stock Photo

Photo by Lisa from Pexels: https://www.pexels.com/photo/close-up-of-couscous-on-fork-21531611/

En tant que diététicienne et consultante en lactation, j’ai l’habitude de débriefer avec mes collègues certains cas cliniques qui viennent interroger ma pratique et qui viennent questionner les habitudes et les réflexes de notre époque. Ce cas clinique est tout à fait symptomatique de notre façon d’envisager les troubles de l’oralité et il vient nous rappeler combien parfois il peut être utile de prendre du recul, de relâcher la pression, d’oser critiquer des prises en charge et de faire confiance aux patients et à leurs famille.

Ce petit garçon, je le reçois alors qu’il a 12 mois pour un trouble de l’oralité sévère depuis la naissance, sur un allaitement qui ne se passe pas comme prévu, c’est un 1er enfant, les parents sont soumis comme beaucoup à une grosse pression médicalisante dès la maternité : à 6 jours, il est chez l’ostéopathe pour « diminuer son traumatisme de la naissance », vers ses 3 semaines, une sage-femme évoque une succion défaillante et un frein restrictif devant un allaitement qui tarde à bien démarrer (sans soutien spécifique) , à 3 mois, son frein de langue est coupé aux ciseaux, l’allaitement ne repart pas (ce qui n’est pas étonnant), une prise en charge par une orthophoniste est proposée car il accepte mal les solides introduits (selon moi beaucoup trop tôt) à 4 mois révolus sur l’indication du pédiatre, pensant que les solides vont améliorer sa prise de poids, vers 7 mois, la maman laisse tomber l’allaitement à contrecoeur, l’enfant est suivi 2 fois par semaine chez une orthophoniste qui lui fait des massages et qui guide les parents dans la diversification, il va de temps en temps chez l’ostéopathe quand l’orthophoniste le suggère aux parents. L’enfant ne mange pas beaucoup, sa croissance est très ralentie, il n’a aucun plaisir, les parents peinent à faire les massages puis abandonnent et me consultent alors qu’il a 12 mois. L’enfant n’a pas pris de poids depuis ses 8 mois, les parents sont très inquiets et l’alimentation est devenue un sujet de dispute entre eux.

Nous discutons pendant une heure, je les écoute, je les rassure, je casse un certain nombre d’idées reçues, je leur propose quelques pistes, je leur laisse une enquête à remplir pour évaluer précisément comment se passent les repas et ce que prend réellement l’enfant dans des conditions variées, mais ils doivent partir en voyage, nous convenons d’un rendez-vous à leur retour. Une freinotomie au laser sera prévue ensuite quelques jours après notre rendez-vous. J’espère au fond de moi pouvoir retarder cette freinotomie qui me semble une agression de plus pour ce bébé, qui par ailleurs, est en bonne santé même si les repas sont un calvaire pour lui.

Je l’ai revu aujourd’hui, après 5 semaines, il a pris 1,200 kilos. J’aimerais m’approprier les lauriers de cette victoire mais je dois reconnaitre que je n’ai rien fait. Les parents sont détendus, le bébé toujours aussi adorable.

Que s’est t-il donc passé?

Le miracle s’appelle Mamie, le lieu magique s’appelle l’Algérie, les aliments miracles s’appellent lait concentré sucré, huile d’olive, soupe Chorba, pain, couscous, semoule au lait, bricks, pâtisseries, bisco d’or, purées maison, banane écrasée, compotes maison, beaucoup d’amour et de confiance.

Il a fallu seulement 5 semaines, beaucoup de soutien familial, moins de pression, et une démédicalisation complète de la situation pour redonner à ce bébé le goût de manger, de partager et de profiter de la vie. Pour ne rien gâcher, il en a profité pour faire ses premières nuits.

J’aime bien ce slogan en nutrition KISS « keep It Simple Stupid », il est souvent d’une grande aide et dans ce cas, il a été la pierre angulaire de cette prise en charge. Bravo à la grand-mère, son fils m’a dit que lui aussi, il avait enfant un petit appétit, et elle lui préparait à l’époque des tartines de sardines en boîte, ça aussi c »était une sacrée bonne intuition!

Le sucre, diable des réseaux sociaux mais un puissant outil en nutrition

Nous voici enfin arrivés à la fin de la saison des virus et beaucoup de consultations ont pour motif un arrêt de la prise de poids de bébés et jeunes enfants, cassures dans les courbes de poids voire carrément dans les cas les plus critiques un arrêt de la croissance. Parfois avec des signes associés comme des bébés qui dorment moins bien, qui jouent moins bien, qui sont irritables, voire qui ne sourient presque plus. Les premiers hivers peuvent être particulièrement éprouvants surtout quand l’enfant se rend dans un lieu de garde collectif. Les infections ORL se suivent, à cela se rajoutent parfois des poussées dentaires, les enfants mangent moins voire presque plus. Cela devient un cercle vicieux et les parents me consultent pour sortir de cela. Ils sont en général très stressés et ont passé beaucoup de temps sur les réseaux, sur les sites d’information afin de trouver des moyens de s’en sortir. L’enfant de son coté redoute les repas, pleure, ressent probablement une pression qu’il ne parvient pas à gérer.

Je vois en général ces familles en 2 temps, la première fois pour faire une anamnèse complète, pour prendre connaissance des différents éléments et pour rassurer les parents, écouter leurs inquiétudes. Puis je leur demande de noter d’une façon détaillée l’alimentation de leur enfant en insistant sur certains points qui me semblent importants.

En général, une semaine après, nous nous revoyons pour débriefer. et je constate toujours la même chose : en plus d’avoir un appétit parfois très dégradé, les enfants n’ont en général peu ou pas de plaisir.

Le plaisir est le moteur d’une alimentation régulée et sans plaisir, il est normal que l’alimentation n’aille pas de soi. Je propose alors aux parents d‘augmenter l’appétence des repas en réhabilitant le sucre, car le goût sucré est universellement reconnu comme un facteur de plaisir gustatif intense. Mais je me heurte souvent aux discours ambiants « anti-sucre ». Avec parfois des familles où le sucre n’a plus aucune place, a été complètement banni de l’alimentation (des enfants en tout cas!). J’entends des discours comme « le sucre est un poison plus puissant que la cocaïne » « mes enfants vont devenir diabétiques » « depuis que j’ai moi-même fait ma révolution anti-sucre, je vais beaucoup mieux » « je ne veux pas que mes enfants deviennent obèses comme moi » etc.. Bien sûr les parents cherchent le meilleur pour leurs enfants, et dans cette cacophonie alimentaire, difficile de se retrouver.

Mais que dit la science?

  • Le sucre n’est pas un poison
  • Le sucre ne rend pas addictif au même titre que les drogues, il peut éventuellement être un support d’addiction comme le sont les jeux, le sport, etc…
  • Le sucre ne devrait pas représenter plus de 10% de la ration énergétique d’un enfant ou d’un adulte (OMS) car au delà il existe une association avec des risque d’obésité et de diabète et de caries dentaires. Mais ces derniers sont plurifactoriels et en aucun cas, la relation est strictement linéaire.
  • Les sucres des fruits et légumes et du lait ne sont pas concernés par les restrictions. (notez bien que la canne à sucre est une plante verte et que les sucres obtenus de fruits auront le même effet que le sucre de canne, les sirops d’agave, d’érable, de dattes, miel etc… sont considérés comme du sucre ajouté, ils n’ont pas ou peu d’intérêt nutritionnel mais sont des variantes intéressantes sur le plan gustatif.)

Un régime très riche en sucre est associé à une qualité nutritionnelle plus faible, il existe évidemment une pression marketing- industrielle autour des produits sucrés, c’est surtout cela qui peut poser problème mais alors que fait-on pour nos enfants?

ON SUCRE tous les aliments qui représentent la base alimentaire de l’enfant à cet instant T, le biberon, la bouillie de céréales, le riz au lait, la semoule au lait, le yaourt, le fromage blanc, les crèmes, les crêpes, les pancakes etc.. autant que nécéssaire jusqu’à ce que l’enfant reprenne des forces, de l’appétit et la joie de se mettre à table, puis on redescend tranquillement les quantités si elles sont jugées par un professionnel de la nutrition comme excessives. Sinon, ce n’est pas parce que votre enfant trouve que les yaourts natures sont absolument dégoutants sans sucre qu’il finira diabétique, il est possible que ses goûts évoluant avec l’âge, il se mette à les apprécier un jour au naturel, mais ce n’est pas une obligation non plus. Il aimera peut être l’amertume du café noir mais préférera le chocolat au lait. Ce n’est pas grave!

Tant que l’alimentation est globalement simple, variée, le corps trouvera tout ce qu’il lui faut pour être en bonne santé, et surtout avoir du plaisir.

On peut opter pour la même stratégie avec le sel mais cela demande un peu plus de suivi, il s’agit de ne saler que les aliments les plus intéressant dans le cadre de son alimentation, aliments que l’enfant prend mieux quand ils seront plus à son goût. (Souvent un oeuf, un avocat, un radis, les pratiques culturelles nous guident parfois!)

Petit à petit, l’enfant reprend goût à l’alimentation et reviendra plus volontiers à table, travailler sur cette sérénité est la meilleure prise en charge qu’on puisse proposer à un tout petit et sa famille. Le contrôle n’amène jamais rien de bon en nutrition, la tempérance et la souplesse sont des stratégies beaucoup plus efficaces.

En cas de doute, n’hésitez pas à consulter de manière à ce qu’on évalue ce que l’enfant prend réellement, quels groupes d’aliments peuvent être ajoutés ou accentués pour qu’il ait une alimentation variée et quelle quantité de sucre ajouté, on peut lui proposer sans que cela ne représente un risque pour sa santé.

Allez, bon appétit!

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