Demander à un patient de perdre du poids revient à le faire grossir.

Les conseils de perte de poids donnés par les professionnel·les de santé n’améliorent pas le poids des patient·es. Ils l’aggravent.
Présentation de l’étude : Impact of weight‑related advice from healthcare professionals on BMI (Yang et al., 2018) (merci à Elise Armoiry https://www.mybabymoonibclc.com pour me l’avoir fait connaitre!)
L’étude de Yang et al., publiée en 2018 dans Public Health, est l’une des rares recherches à examiner de manière prospective l’effet réel des conseils liés au poids délivrés par les professionnel·les de santé (HCPs) sur l’évolution de l’IMC des patient·es.
Elle s’appuie sur un échantillon national important et une bonne méthodologie, ce qui en fait une référence interessante pour comprendre l’impact clinique de ces conseils (souvent non sollicités!).
L’objectif était simple :
évaluer si les conseils donnés par des professionnel·les de santé concernant la perte de poids (alimentation ou exercice) ont un effet mesurable sur l’évolution du BMI un an plus tard.
Méthodologie :
Il s’agit d’une étude longitudinale sur un an. Les auteurs ont utilisé les données du Medical Expenditure Panel Survey (MEPS), un panel national représentatif de la population adulte américaine, couvrant les années 2004 à 2008.
Échantillon
- 20 002 adultes, non enceints, ayant consulté un professionnel de santé au moins une fois dans l’année.
- Exclusions :
- BMI < 18,5 (car il serait inapproprié de conseiller une perte de poids),
- valeurs extrêmes de BMI ou variations extrêmes,
- données manquantes.
Mesures
- BMI à deux temps : baseline (Round 3) et un an plus tard (Round 5).
- Conseils reçus : les patient·es ont rapporté si un professionnel de santé leur avait conseillé :
- de manger moins gras / moins de cholestérol,
- de faire plus d’exercice.
Variables analysées
- Variation du BMI.
- Changement de catégorie pondérale (normal → surpoids → obésité).
- Ajustement sur de nombreux facteurs : âge, sexe, comorbidités, activité physique, statut socio-économique.
Analyses statistiques
- Tests t et chi² pour comparer les groupes. (Test t → compare des moyennes (valeurs continues, comme le BMI).Test chi² → compare des proportions (valeurs catégorielles, comme le statut pondéral).
- Régressions linéaires pour la variation du BMI.
- Régressions multinomiales pour les changements de catégorie pondérale. (Un modèle linéaire classique ne convient pas, car le statut pondéral n’est pas une valeur continue mais une variable catégorielle. La régression multinomiale permet donc de comparer les effets des conseils reçus sur ces transitions entre catégories.)
- Pondération statistique pour garantir la représentativité nationale.
Résultats : un constat inattendu et préoccupant
1. Les conseils de perte de poids sont associés à une augmentation du BMI
Les patient·es ayant reçu des conseils ont plus augmenté leur BMI que ceux n’en ayant pas reçu.
- Conseils alimentaires : +0,10 de BMI (ajusté).
- Conseils d’exercice : +0,16 de BMI (ajusté).
2. Les conseils d’exercice aggravent le statut pondéral
Les patient·es ayant reçu un conseil d’exercice avaient :
- 1,19 fois plus de risque de passer à une catégorie de poids supérieure.
- Résultat statistiquement significatif.
3. Aucun effet positif mesurable
Les conseils ne sont associés à aucune perte de poids, ni à une amélioration du statut pondéral.
Les auteurs résument ainsi :
“Patients who reported receiving weight-related advice from HCPs had worse weight outcomes 1 year later.”
Les chercheurs avancent plusieurs explications possibles :
- Les conseils sont souvent trop généraux et insuffisamment intensifs pour induire un changement durable.
- Les patient·es peuvent suivre les conseils à court terme, puis rebondir, entraînant une prise de poids supérieure.
- Les HCPs conseillent plus souvent les patient·es déjà en difficulté, qui sont aussi les moins susceptibles de réussir une perte de poids.
- L’environnement obésogène rend les conseils individuels inefficaces.
Conclusion de l’étude
L’étude conclut que :
Ces résultats remettent en question la pertinence clinique des recommandations centrées sur le poids.
Les conseils de perte de poids donnés par les professionnel·les de santé n’améliorent pas le BMI.
Ils sont associés à une augmentation du BMI un an plus tard.
Les conseils d’exercice, en particulier, sont liés à une aggravation du statut pondéral.








