Pour protéger les mères d’une éventuelle culpabilité de ne pas allaiter, certains s’attaquent aux associations et aux professionnels de l’allaitement.

On connaît tous les féministes « à la française », leur guerre contre l’allaitement et contre les mères qui allaitent, hostilité nourrie par une incompréhension à la fois des besoins des bébés, des femmes, de l’époque, de la société mais surtout une connaissance lacunaire de l’allaitement maternel voire une méconnaissance totale.
Ces femmes, boomeuses, bourgeoises, sont de moins en moins écoutées par les générations suivantes, lesquelles multiplient leurs sources d’inspirations et se documentent dans un monde beaucoup plus large que la petite couronne parisienne. Ces discours ne représentent plus réellement une menace pour les femmes même s’ils les ridiculisent, ce qui semble un paradoxe quand on se prétend féministe.
Mais voici un article pour éclairer un phénomène nouveau que j’observe depuis quelques années : les collectifs qui revendiquent une parole nuancée, féministe, non dogmatique, mais qui pratiquent le même bashing obsessionnel sur les réseaux sociaux contre les associations d’allaitement et certains professionnels de la lactation.
Une inquiétude légitime sur le vécu des mères en post-partum amène certains professionnels de santé à minimiser l’impact du non-allaitement. Sous couvert d’études scientifiques (avec lesquelles on pourrait aujourd’hui prouver absolument tout et n’importe quoi), sous la sécurité apparente d’une posture nuancée, et pour protéger les mères d’une culpabilité de n’avoir pas réussi leurs projets, il faudrait tout relativiser.
Ils s’attaquent systématiquement aux associations d’allaitement (avec la Leche League en ligne de mire) et parfois aux consultantes en lactation ou aux professionnels hospitaliers, parce qu’ils estiment que ces personnes imposent leurs dogmes. Dans une très grande majorité, ce sont majoritairement des femmes qui sont attaquées, moquées, dénigrées. Il est possible que certaines associations soient perçues comme trop militantes par certaines mères (je lutte moi-même quotidiennement avec certaines de mes collègues pour faire cesser cette idéalisation de l’allaitement sur les réseaux sociaux), mais les mères bénévoles ne vont que dans le sens de leurs expériences réussies d’allaitement et les professionnels de santé ne devraient aller que dans le sens des données scientifiques. Une mère qui les consulte sait à l’avance qu’elle n’aura dans ces rencontres-là, pas autre chose qu’un discours « pro allaitement ». Cependant, il sera le plus souvent nuancé et adapté à la situation de la mère.
Parfois, des mères vont persévérer dans leur allaitement pour se rendre compte qu’elles avancent sur le mauvais chemin. Cela va les aider à prendre leur décision de sevrer. Certaines mères vont se heurter à leurs propres contradictions, certaines vont recevoir de mauvais conseils (parce que oui, les professionnels peuvent être nuls, et en lactation c’est fréquent (unpopular opinion level expert :-)), certaines mères vont ensuite réécrire l’histoire et témoigner dans ce sens (c’est une protection psychique parfois nécessaire qu’il convient de ne pas confronter avec la réalité), beaucoup ne vont entendre que ce qu’elles ont envie d’entendre, beaucoup de parents ont besoin de faire des erreurs pour progresser et c’est plus ou moins digéré par la suite. Le parcours extrêmement chaotique du post-partum et de la parentalité est le problème, le problème ne vient pas de la parole de bénévoles ou d’experts.
Le soutien aux mères qui allaitent ou qui n’allaitent pas devrait être inconditionnel, c’est-à-dire que des mères qui ne font pas le meilleur choix pour leur bébé doivent être soutenues tout autant que celles qui traversent mille épreuves pour faire un choix meilleur. Le problème vient du fait qu’on n’accepte plus que les parents fassent de mauvais choix.
Mais en nutrition comme dans toutes les questions de parentalité, un « mauvais choix » peut s’avérer salvateur. C’est une balance que seuls les parents peuvent évaluer au fond d’eux-mêmes. En voici un exemple personnel : je suis une piètre conductrice et une excellente diététicienne (en toute modestie 🙂 ), mais sur l’autoroute, si je suis seule avec mes 4 enfants, ils vont pouvoir manger toutes les glaces, tous les bonbons et tous les Pringles du monde, je m’en fiche, mon objectif est que nous arrivions à destination vivants et qu’ils se taisent, voire qu’ils s’endorment dans leurs miettes de chips. Je fais un très mauvais choix nutritionnel, mais un très bon choix de mère.
Une mère peut arrêter son allaitement qui la stresse et donner un lait bio 1er âge, c’est un mauvais choix nutritionnel, mais c’est un excellent choix de mère.
Des parents peuvent décider de dormir avec leur bébé parce qu’ils n’en peuvent plus de se lever la nuit, c’est un mauvais choix par rapport aux recommandations de santé publique, mais c’est un excellent choix de parent.
Des parents peuvent décider de ne pas vacciner leurs enfants parce qu’ils sont mal informés et évoluent dans un environnement de charlatans, c’est un très mauvais choix médical, mais ce sont aussi de bons parents qui font ce qu’ils croient être le meilleur pour leurs enfants.
Cela nous amène à la question de l’environnement, est-ce qu’une mère suédoise va subir une pression de la leche League ou des consultantes en lactation pour allaiter 6 mois exclusivement avec succès ? Se voit-elle imposer des dogmes ? Non, elle bénéficie d’un environnement favorable, d’informations médicales de qualité, d’un congé maternité long et bien rémunéré, d’une protection contre le marketing agressif des industriels via le Code OMS transposé en lois, de toute une société bienveillante, ainsi que de professionnels mieux formés, parce que plus régulièrement exposés à des allaitements longs et efficaces.
Travailler sur l’environnement des familles, travailler sur la formation des professionnels de l’allaitement, lutter contre le militantisme et l’angélisme, améliorer l’accompagnement des bénévoles, lutter contre les charlatans qui prolifèrent dans le monde de la périnatalité comme nulle part ailleurs, et surtout, pour que chaque personne au contact des familles fasse un travail sur soi, sur son vécu en tant que parent, sur ses propres représentations, voilà ce qui me semble important.
Et bien sûr, cessons de monter les femmes les unes contre les autres.














