
En tant que consultante en lactation et professionnelle de santé, je me dois de relayer les consignes de sécurité françaises mais cela me pose un problème quotidiennement, en effet, le couchage sur le dos n’est en général pas problématique, mais la séparation des lits perturbe grandement la relation d’allaitement. Les parents se retrouvent à allaiter la nuit dans des fauteuils et risquent de s’y endormir, ce qui est beaucoup plus dangereux, d’autres prennent leur bébé quand même dans leur lit, en culpabilisant et en vivant des mois d’angoisses, d’autres vont sacrifier leur allaitement au profit de nuits plus ou moins partagées entre les parents,
la plupart utilisent des cododo, ce qui représente pour moi l’objet de puériculture le plus intéressant de ces 50 dernières années. C’est un petit compromis, mais là encore, certains parents se font encore culpabiliser par des pros de santé complètement déconnectés des réalités du post-partum.
Ma grand-mère me disait que ses bébés avaient fait leurs nuits en 15 jours, en dormant à l’autre bout de l’appartement, mais quand même, parfois elle les entendait, et les prenait avec elle dans le lit parental. Elle disait cela avec un pointe d’agacement encore perceptible après des décennies.
Mes parents ont l’air d’avoir vécu un enfer, persuadés qu’ils étaient qu’un enfant DEVAIT faire ses nuits et que le contraire était pathologique, ils nous ont donné des sirops pour dormir (Nopron et compagnie) et se sont vaillamment battus pour qu’on dorme sans moufter!
Quand j’ai eu mon 1er enfant, j’ai suivi exactement les recommandations, j’ai couché mon bébé dans son berceau dans notre chambre, je l’ai allaité 6 mois exclusivement puis je l’ai sevré à 2 ans, il a fait ses nuits vers 18 mois, cela m’a littéralement épuisée. On a tenté toutes les techniques de coaching, j’ai lu tous les livres disponibles à l’époque, c’était une discussion récurrente avec les autres parents, avec les professionnels de santé, j’ai cherché en vain la méthode efficace, j’ai même donné de l’homéopathie !!
Pour mon 2eme bébé, des groupes de mères rebelles sur Twitter m’ont conseillé d’acheter un cododo et cela a littéralement sauvé mon état mental. Je n’ai ressenti aucune fatigue liée aux nuits avec cet enfant, ce qui m’a motivée pour en faire d’autres! Tout était plus facile, je me levais le matin en pleine forme, mon mari me demandait comment ça s’était passé, je n’en avais strictement aucune idée, seul le poids de la couche du matin nous donnait une indication sur le nombre de tétées nocturnes!
Aujourd’hui, je dirais que cela fait probablement 12 ans que je n’ai connu aucune nuit complète et pourtant cela ne me pose strictement aucun problème, pourquoi? parce que je ne suis plus obsédée par cette question du sommeil, je me suis affranchie des normes, nous dormons intuitivement avec les enfants qui en ressentent le besoin et ça n’a aucun impact sur la qualité de nos journées.
Il y a 10 ans, je me suis retrouvée à un café avec une maman japonaise, qui venait d’arriver à la crèche, nous discutions des nuits de nos enfants, il a fallu lui expliquer longuement ce qu’on voulait dire: « faire ses nuits » elle ne comprenait pas pourquoi on se levait la nuit, pourquoi on essayait de formater nos enfants, surtout elle ne comprenait pas pourquoi on se compliquait à ce point la vie, cette mise en perspective m’a beaucoup amusée. Finalement, elle nous a demandé si nos partenaires faisaient aussi leurs nuits, bah… oui, non, les adultes et les enfants se réveillent la nuit, puis ils se rendorment à condition qu’ils se sentent en sécurité et confortables.
En tant que consultante en lactation, je conseille aux parents de suivre leur instinct tout en tenant compte des recommandations de sécurité. Chaque bébé est unique, et il est important de trouver un équilibre entre les besoins individuels de l’enfant et les conseils généraux. Je les encourage à écouter leur bébé, à observer ses signaux de fatigue et à créer un environnement de sommeil apaisant et agréable pour tous.
En fin de compte, il n’y a pas de solution universelle. Les parents doivent trouver ce qui fonctionne le mieux pour leur famille, tout en gardant à l’esprit que le sommeil est un processus évolutif, beaucoup plus long en pratique que ce que nous en lisons ici ou là. Et rappelez-vous, il est normal de se sentir dépassé parfois. Vous n’êtes pas seul dans cette aventure du sommeil !
Bonne fin de journée internationale du sommeil!