Le sucre, diable des réseaux sociaux mais un puissant outil en nutrition

Nous voici enfin arrivés à la fin de la saison des virus et beaucoup de consultations ont pour motif un arrêt de la prise de poids de bébés et jeunes enfants, cassures dans les courbes de poids voire carrément dans les cas les plus critiques un arrêt de la croissance. Parfois avec des signes associés comme des bébés qui dorment moins bien, qui jouent moins bien, qui sont irritables, voire qui ne sourient presque plus. Les premiers hivers peuvent être particulièrement éprouvants surtout quand l’enfant se rend dans un lieu de garde collectif. Les infections ORL se suivent, à cela se rajoutent parfois des poussées dentaires, les enfants mangent moins voire presque plus. Cela devient un cercle vicieux et les parents me consultent pour sortir de cela. Ils sont en général très stressés et ont passé beaucoup de temps sur les réseaux, sur les sites d’information afin de trouver des moyens de s’en sortir. L’enfant de son coté redoute les repas, pleure, ressent probablement une pression qu’il ne parvient pas à gérer.
Je vois en général ces familles en 2 temps, la première fois pour faire une anamnèse complète, pour prendre connaissance des différents éléments et pour rassurer les parents, écouter leurs inquiétudes. Puis je leur demande de noter d’une façon détaillée l’alimentation de leur enfant en insistant sur certains points qui me semblent importants.
En général, une semaine après, nous nous revoyons pour débriefer. et je constate toujours la même chose : en plus d’avoir un appétit parfois très dégradé, les enfants n’ont en général peu ou pas de plaisir.
Le plaisir est le moteur d’une alimentation régulée et sans plaisir, il est normal que l’alimentation n’aille pas de soi. Je propose alors aux parents d‘augmenter l’appétence des repas en réhabilitant le sucre, car le goût sucré est universellement reconnu comme un facteur de plaisir gustatif intense. Mais je me heurte souvent aux discours ambiants « anti-sucre ». Avec parfois des familles où le sucre n’a plus aucune place, a été complètement banni de l’alimentation (des enfants en tout cas!). J’entends des discours comme « le sucre est un poison plus puissant que la cocaïne » « mes enfants vont devenir diabétiques » « depuis que j’ai moi-même fait ma révolution anti-sucre, je vais beaucoup mieux » « je ne veux pas que mes enfants deviennent obèses comme moi » etc.. Bien sûr les parents cherchent le meilleur pour leurs enfants, et dans cette cacophonie alimentaire, difficile de se retrouver.
Mais que dit la science?
- Le sucre n’est pas un poison
- Le sucre ne rend pas addictif au même titre que les drogues, il peut éventuellement être un support d’addiction comme le sont les jeux, le sport, etc…
- Le sucre ne devrait pas représenter plus de 10% de la ration énergétique d’un enfant ou d’un adulte (OMS) car au delà il existe une association avec des risque d’obésité et de diabète et de caries dentaires. Mais ces derniers sont plurifactoriels et en aucun cas, la relation est strictement linéaire.
- Les sucres des fruits et légumes et du lait ne sont pas concernés par les restrictions. (notez bien que la canne à sucre est une plante verte et que les sucres obtenus de fruits auront le même effet que le sucre de canne, les sirops d’agave, d’érable, de dattes, miel etc… sont considérés comme du sucre ajouté, ils n’ont pas ou peu d’intérêt nutritionnel mais sont des variantes intéressantes sur le plan gustatif.)
Un régime très riche en sucre est associé à une qualité nutritionnelle plus faible, il existe évidemment une pression marketing- industrielle autour des produits sucrés, c’est surtout cela qui peut poser problème mais alors que fait-on pour nos enfants?
ON SUCRE tous les aliments qui représentent la base alimentaire de l’enfant à cet instant T, le biberon, la bouillie de céréales, le riz au lait, la semoule au lait, le yaourt, le fromage blanc, les crèmes, les crêpes, les pancakes etc.. autant que nécéssaire jusqu’à ce que l’enfant reprenne des forces, de l’appétit et la joie de se mettre à table, puis on redescend tranquillement les quantités si elles sont jugées par un professionnel de la nutrition comme excessives. Sinon, ce n’est pas parce que votre enfant trouve que les yaourts natures sont absolument dégoutants sans sucre qu’il finira diabétique, il est possible que ses goûts évoluant avec l’âge, il se mette à les apprécier un jour au naturel, mais ce n’est pas une obligation non plus. Il aimera peut être l’amertume du café noir mais préférera le chocolat au lait. Ce n’est pas grave!
Tant que l’alimentation est globalement simple, variée, le corps trouvera tout ce qu’il lui faut pour être en bonne santé, et surtout avoir du plaisir.
On peut opter pour la même stratégie avec le sel mais cela demande un peu plus de suivi, il s’agit de ne saler que les aliments les plus intéressant dans le cadre de son alimentation, aliments que l’enfant prend mieux quand ils seront plus à son goût. (Souvent un oeuf, un avocat, un radis, les pratiques culturelles nous guident parfois!)
Petit à petit, l’enfant reprend goût à l’alimentation et reviendra plus volontiers à table, travailler sur cette sérénité est la meilleure prise en charge qu’on puisse proposer à un tout petit et sa famille. Le contrôle n’amène jamais rien de bon en nutrition, la tempérance et la souplesse sont des stratégies beaucoup plus efficaces.
En cas de doute, n’hésitez pas à consulter de manière à ce qu’on évalue ce que l’enfant prend réellement, quels groupes d’aliments peuvent être ajoutés ou accentués pour qu’il ait une alimentation variée et quelle quantité de sucre ajouté, on peut lui proposer sans que cela ne représente un risque pour sa santé.
Allez, bon appétit!